Les armements corsaires à Fécamp

 

La guerre de course désigne les opérations navales menées par les corsaires ; elle eut lieu surtout au 18ème siècle entre la France et l’Angleterre, au cours de ce qui fut appelé « la nouvelle guerre de cent ans ».

 

http://www.manioc.org/gsdl/collect/images/index/assoc/FCL18014/-0341i1.dir/FCL18014-0341i1.jpg

 

Aux côtés des grandes cités corsaires, Fécamp participa à la chasse aux navires de commerce anglais … Fécamp ne resta pas en arrière des autres ports du littoral – « Les fastes de la Marine Française » par Charles de Ribelle -

 

Pendant toutes les guerres de l’ancien régime, le port de Fécamp prit, aussi bien qu’à Dieppe, une part active aux expéditions de course. La pêche à la morue sur le banc de Terre-Neuve étant interdite pendant la guerre de Sept ans, bon nombre d’armateurs, pour occuper leurs équipages restés inactifs, se lancèrent à la poursuite des navires anglais ou de ceux qui étaient chargés de marchandises à destination de l’Angleterre. Munis d’une commission de guerre délivrée par l’amirauté, combattant sous le pavillon de France, mais pouvant arborer par ruse des pavillons étrangers, les corsaires fécampois ramenèrent souvent de bonnes prises qui étaient adjugées aux enchères. Tout stimulait, du reste, l’ardeur des marins normands : la haine séculaire de l’Anglais… et les primes données par le roi : 100 livres pour chaque canon enlevé à l’ennemi, 30 livres pour chaque homme d’équipage quand il y avait eu combat.

 

Lorsqu’éclata la guerre de l’Indépendance américaine, la course reprit de plus belle, plus active, plus enragée ; bien que les rapports de mer de l’Amirauté fécampoise aient pour la plupart disparu, on n’en a pas moins conservé le souvenir des exploits des corsaires fécampois. En 1778, c’est le corsaire Le Rusé qui rentre au port traînant à sa remorque le sloop anglais le Soleil-Levant, dont il s’est emparé ; la même année, c’est le corsaire Le Furet qui amène le sloop La Betzy ; la même année encore, c’est le capitaine Fiquet, commandant le corsaire La Racrocheuse, obligé de soutenir deux combats terribles contre les croiseurs anglais qui, malgré leur supériorité, ne peuvent s’en rendre maîtres. Informé de ces beaux faits d’armes, le ministre de la marine félicite Fiquet pour sa bravoure et son sang-froid, et le capitaine-corsaire est porté sur la liste des récompenses royales. – voir « Par ci par là, étude d’histoires et de mœurs normandes » de Georges Dubosc -

 

Le gouvernement est, du reste, si satisfait des services rendus par les corsaires normands, que pour utiliser les navires étrangers capturés par la flotte française, il les donne aux armateurs fécampois, et non seulement il fournit les navires, mais il offre l’artillerie nécessaire pour les armer. Il ne reste plus qu’à recruter les équipages et ceux-là se trouvent facilement, séduits par les avances et par la part de prise !

 

Au cours des guerres de la Révolution et de l’Empire, à Fécamp, on n’armait pas moins qu’à Dieppe alors pour la course. C’était le Félix, la Flore, l’Espoir, auquel une seule capture rapportait 700.000 francs. C’était également la Clarisse, le Modeste, l’Aurore, le Mercure, mais dont les équipages, faits prisonniers, furent entassés sur les pontons anglais ; c’est le Wimereux qui, en l’an XII, accepte à lui seul le combat avec quatre corsaires anglais ; c’est le Heureux-Hasard et le Hussard, commandés par le capitaine Desprairies qui, fait prisonnier, s’échappe des prisons anglaises.

 

Jean Merrien dans son ouvrage « Corsaires et flibustiers » cite à Fécamp pour la période de la Révolution et de l’Empire les capitaines : Lauchon, Martin, Lemaire, Sansot, Hamon.

 

Napoléon Gallois, auteur de « Les corsaires français sous la République et l’Empire » , nous indique que Fécamp, protégé par des batteries fut souvent un lieu de relâche des corsaires français et de leurs prises ; que Fécamp eut même ses corsaires à lui ; Le journal « Le Moniteur » du 23 février 1793 annonce l’armement de deux corsaires, le « Requin » et le « Hasard » ; le port était presque continuellement surveillé ou bloqué par des croiseurs britanniques qui le 27 fructidor an XI firent une tentative de bombardement - avec une trentaine de boulets, mais sans tuer ni incommoder personne.

Le « Requin », au début de l’an IV fit une croisière de 25 jours et réussit à amariner 10 navires ennemis ; en pluviôse an V, avec Lauchon pour capitaine, il prit le brick anglais John et la goélette Flora ; en l’an VIII, commandé par Martin, il capture le Keeling.

Le « Hasard », en l’an IV, sous le commandement de Lemaire, amarine le brick James et Mary ; puis sous les ordres de Sansot, le cutter Isabelle ; en l’an VI, il poursuit la course avec Sansot ; le 13 messidor an VII, il prend le navire Hambourgeois  Jeune Catherine, en Vendémiaire an XII, commandé par Hamon, il prend le brick anglais Hammond, une coincidence !

 

http://www.manioc.org/gsdl/collect/images/index/assoc/FCL18014/-0309i1.dir/FCL18014-0309i1.jpg

 

La Course, un « sport national » auquel donc Fécamp participa réellement mais dans une moindre mesure que les autres ports dénommés « les nids à corsaires » …

 

                                                                                                                      Y. D. F.

 

Sources :

Dubosc, Georges (1854-1927) :  Les Corsaires normands (1898).

Bellet Adolphe

Soublin Léopold

www.jjsalein.com/bdcorsair/