Jean Lorrain mérite mieux !

       

        Jean Lorrain naquit à Fécamp le 9 août 1855 ; à un moment donné de sa jeunesse, il alla vivre à Paris et sous l’influence de Judith Gautier qu’il avait connue à Fécamp, il s’adonna à la poésie et à la critique littéraire, dans les revues les plus à la mode de l’époque ; il devint bientôt l’un des interprètes les plus étincelants du Paris mondain, élégant, spirituel et grivois ; ses malicieuses chroniques du Journal et de l’Echo de Paris lui valurent une grande renommée… Les qualités de l’auteur ressortent dans tous les genres littéraires auxquels il s’était adonné, mais surtout dans ses nouvelles, empreintes d’une perversité subtile, parfois de thèmes délirants ; ses œuvres remarquables les plus citées sont Monsieur de Bougrelon 1897, Poussières de Paris 1899, Monsieur de Phocas 1901, Fards et Poisons 1904 [1] .

            Il meurt à Paris le 30 juin 1906 et puis tout le long du 20ème siècle tombe plus ou moins dans l’oubli ; malgré cela, élevé aux nues par la société décadente de la fin du 19ème siècle, puis jeté dans les bas fonds de Paris qu’il avait aimé lui-même si bien décrire, les temps actuels lui rendent désormais un plus juste hommage, avec tout de même une confirmation nécessaire.

            A l’initiative de Georges Normandy, un monument dédié à Jean Lorrain a été édifié en 1912 : initialement installé à proximité du chevet de l’abbatiale, il sera dans les années 1950 pour des raisons inconnues transféré dans la cour de l’école Jean Lorrain, au pied de l’ancienne maison familiale [2] .

            En 1927, une voirie de Fécamp a été mise à son nom, l’avenue Jean Lorrain [3] . Il y aura par la suite le chemin Martin Duval.

            L’association des amis du Vieux Fécamp s’est elle aussi consacrée à sa mémoire : Gaston Démongé soutient une conférence sur l’auteur en 1968 ; il en avait déjà parlé en 1943 lors d’une conférence sur la poésie ; puis de même Lucien Dufils en 1983 ; l’exposition organisée par l’association en 1999 à la villa Vincelli avait laissé une bonne place à notre auteur, parmi tous les autres représentants de la littérature régionale.

            L’association Fécamp Terre-Neuve s’y est également employée dans ses « Annales du Patrimoine de Fécamp » sous la plume de Jean François Campario – La maison natale de Jean Lorrain en 1995, Les demeures immatérielles de Jean Lorrain en 1996, Jean Lorrain et la mer, l’âme du port, l’âme du poète en 1996 – et sous celle d’Eric Walbecq – Le monument de Jean Lorrain à Fécamp en 1996, Jean Lorrain à Fécamp, à propos du roman à clé Les Lepiller en 1998 ; en 1996, un dossier complet des annales avait été dédié à Jean Lorrain

            Une Société des Amis de Jean Lorrain a été créée en 1996, à l’initiative de Thierry Dorange complétée en 2006 par un site internet www.jeanlorrain.net

            Ces quelques rappels ne reposeraient-ils en fait que sur des initiatives individuelles ou bien ne seraient-ils pas la marque d’un profond attachement de la population locale pour l’enfant du pays qui devait devenir à l’instar de Oscar Wilde, Rachilde, Huysmans ou Montesquiou, le plus raffiné et décadent des Parisiens … Sur ce point, un élément de réponse vient du fait que les éditions anciennes des ouvrages de Jean Lorrain sont très recherchées, soit plutôt onéreuses soit franchement impossibles à trouver : ce constat est vraiment un élément important qui nous conforte dans la nécessité d’aller plus loin.    

Désormais le temps serait venu semble-t-il de consacrer à notre auteur un espace public accessible à tous, si possible à Fécamp, sa ville de naissance et de souvenirs si ce n’est d’affection, au moins une vitrine, au mieux une pièce ou même un étage pour y retrouver sans risque d’oubli l’homme de lettres qu’il a été et surtout ce qu’il a voulu laisser à ses contemporains et à nous aujourd’hui, la lecture de ses écrits , avec tous les genres littéraires employés par lui, que ce soit des poésies, articles de presse, nouvelles, romans, pièces de théâtre, etc…

Enfin et par ailleurs, il y aurait à son égard  une marque de reconnaissance à formuler que de restaurer la propriété de la famille Duval, dite de Jean Lorrain. Cette maison dénommée Rocheville fut construite dans les années 1850-1860 par le père de Jean Lorrain, sur les plans de M. Huchon architecte au Havre, dans un style Louis XIII ; aujourd’hui cette construction est en mauvais état, les parements, bandeaux et corniches faites en pierre de taille se délitent, la serre latérale est d’ores et déjà délabrée .

Malgré une relative méconnaissance de notre auteur, malgré l’état de tristesse de la maison familiale avec à son pied le monument de mémoire un peu usé, nous devrions pouvoir imaginer autre chose pour la cause que nous essayons de défendre, un sort meilleur pour des jours meilleurs ; bien sincèrement, Jean Lorrain le mérite ; d’ores et déjà, lisons-le, il pourrait nous surprendre ; ainsi donc bonne lecture à tous.

                                                                                              Yves Duboys Fresney



[1]   sources : Le nouveau dictionnaire des auteurs chez Robert Laffont

[2]   voir l’article d’Eric Walbecq dans les annales du patrimoine de Fécamp de 1996

[3]   voir l’article de Ourdia Dufossé dans les annales du patrimoine Fécamp de 1996