Camille Corot en Bretagne, à Saint-Malo

 

 

Jean Baptiste Camille Corot (1796-1875) est un ardent peintre voyageur ; au cours de ses nombreux déplacements, il réalise des croquis et des études de paysages ; il esquisse à la plume, à la mine de plomb ou au fusain , pour ensuite retravailler ses modèles dans sa chambre, à l’auberge, ou dans son atelier parisien. Peintre de la nature, peintre des bois, des étangs, des aubes claires, des réveils, des villages, des passants, peintre des femmes également, voilà ce qu’il était, toujours prêt à sauter dans une diligence, en quête d’un nouveau motif.

Il s’arrêta plusieurs fois en Bretagne , pour y découvrir la mer mais aussi la terre d’Armorique, par exemple chez son élève et ami Charles Le Roux (Nantes 1814-Nantes 1895), au manoir du Pasquiaud à Corsept en Loire Atlantique. Combien de fois viendra-t-il en Bretagne ? Cinq fois peut-être : 1829 – 1846 – 1851 – 1855 - 1860 - Aucun biographe ne pourrait précisément le mentionner, le Corot voyageur n’ayant jamais tenu un registre de ses déplacements.  

Il vint pour la première fois en Bretagne en 1829 : « Je pars lundi 8 juin 1829 pour aller faire des études en Normandie et en Bretagne ; je reviendrai, je l’espère, vers la fin d’août, pour me précipiter dans les bras d’une famille que j’adore », annonça-t-il.  

Une autre fois, sans doute dans les années 1850 , il pose son chevalet à Bourg-de-Batz, devant des femmes et des fillettes venues puiser l’eau d’une fontaine (ci-après).

 

Bretonnes à la fontaine. Bourg de Batz (Loire-Atlantique) | Images ...

Bretonnes à la fontaine – deux versions – Le Louvre et Philadelphie – 1850-1855 -

 

En juin 1860, Corot est avec Daubigny (1817-1878) qui vient de se fixer à Auvers-sur-Oise ; mais au mois d'août, il part en voyage, sur les côtes de Bretagne, en compagnie de ses confrères Ernest Dumax (1811-1893) et Louis-Jules Étex (1808-1888) ; il fait une série d'études à Saint-Malo, à Saint-Servan et à Dinan.

A Saint-Servan, Corot peint une voisine de la place de la Roulais et aussi deux paysages bucoliques avec au fond la tour Solidor ; la vue était sans doute prise du côté des Corbières ou sur la pointe d’Aleth ? Pour cela, Corot avait pu, aussi bien, descendre à l’hôtel du Grand Pélican dit auberge du Pélican Blanc, situé 10-12 de la rue Ville Pépin à Saint-Servan, puis rayonner à pied sur les bords de la Rance, pour ensuite aller toujours à pied jusqu’à Saint-Malo par marée basse (le pont roulant reliant les deux villes n’ayant été créé qu’à la fin de l’année 1873).

A Saint-Malo, il peint un voilier à quai ; curieusement, il pose son chevalet dos aux remparts et, au-delà du voilier, dépeint les abords de la côte de Saint-Servan ; manifestement, il préfère la nature aux vieilles pierres …

Lors de ce déplacement, on dénombre de lui au moins les sept œuvres suivantes :

-        Saint-Servan, paysage – retouché à l’atelier avant de le donner à Melle Mariette Trouillet (987)

-        Saint-Servan, paysage – même motif mais vu d’un peu plus loin – Collection Frédéric Henriet et Ernest May – vente Ernest May du 4 juin 1890 – (988)

-        Dinan, une porte de la ville – vente posthume Corot à M. Brame (989)

-        Dinan, la porte du Jerzual – collection Thomy-Thierry – legs au Louvre – (990)

-        Granville, bateaux de pêche – vente posthume à M. Saulnier – vent Saulnier en juin 1886 – (991)

-        Saint-Malo, goélettes amarrées à quai – vente posthume Corot à M. Dechamp de Londres – Musée de Copenhague (992)

-        Plus le portrait de la voisine de la Place de la Roulais à Saint-Servan … à identifier !

 

Fichier:Corot - La porte du Jerzual à Dinan, 1860.jpg — Wikipédia

Dinan – la porte du Jerzual - 1860

 

Camille Corot: лучшие изображения (267) | Пейзажи, Живопись и Картины

Dinan, une porte de la ville – 1860 -

 

 

Les deux paysages de Saint-Servan – vue prise des Corbières ou de Aleth ? – 1860

Nous n’avons pas trouvé de meilleure reproduction !!

 

http://1.bp.blogspot.com/-o3r0IB_4T5o/UhU2cr6RCpI/AAAAAAAABWI/zFjAkbszTLk/s1600/Saint-Servan+par+Corot.jpg

Saint-Malo, goélette amarrée à quai – 1860 – A La Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague -

 

Ce navire n’est pas une goélette comme cela est couramment indiqué en légende, mais en réalité un brick-goélette : un voilier à deux mâts avec un mât de misaine (avant) gréé entièrement en voiles carrées et un grand-mât (arrière) gréé entièrement en voiles auriques.

A cette époque, les bricks ou brigs étaient assez courants mais les brick-goélettes beaucoup moins. Les goélettes, avec leurs deux mâts gréés en auriques, n’apparaitront que plus tard.

Au sein de l’armement Lemoine, nous n’avons retrouvé en 1860 qu’un seul brick-goélette : le « Alice » (1840-1866), sans doute identique à celui-ci-dessus .

A Saint-Malo, au cours de l’été, les navires à quai sont peu nombreux ; les navires à destination de Terre-Neuve ne rentrent que bien plus tard au cours de l’automne ; il ne pourrait s’agir ici que d’un navire-chasseur, de retour avant tous les autres, chargé de la cargaison de morues de plusieurs navires à la fois ; on croit y reconnaître le débarquement d’une chaloupe, les doris n’apparaitront que plus tard ; autre hypothèse, il s’agirait d’un navire de commerce pour le cabotage, comme le « Maurice » ci-dessous.

 

Souvenir de Saint-Servan , 1873. Jean-Baptiste-Camille Corot ...

Vu sur internet : souvenir de Saint-Servan ? en 1873 ?

 

Les brick-goélettes de l’armement Lemoine, postérieurs à 1860

 

Brick goélette – Armement Lemoine - Saint-Malo

Brick-goélette au carénage – armement Lemoine – Saint-Malo

Brick-goélette Marguerite –armement Lemoine - au départ de Saint-Malo pour Terre-Neuve

 

Brick-goélette Maurice – Armement Lemoine – Saint-Malo – destiné au cabotage

La prise de vue est ici très différente de celle de Corot !!

                                                                                                                      Y.D.F. (mai 2020)

 

 

Sources :

-L’œuvre de Corot par Alfred Robaut

-Corot par Jean Leymarie édition Albert Skira 1966

-Centre Cristel éditeur d’art

-Archives de l’armement Lemoine

-Wikipédia