A la (re)découverte de la forêt

 

 

Une majorité de français vit désormais éloignée de la nature, non plus sur de la terre ou « humus » , mais sur de « l’enrobé » ; la nature y est alors plus rare, souvent traitée comme un simple décor, un accessoire, seulement dans les recoins ou les places perdues, les arbres malgré leur rôle essentiel de parasol et d’oxygénateur ne sont pas suffisamment présents en nombre. Passer quelques dizaines d’années, ou seulement une génération dans un environnement citadin, sur du bitume ou du pavé, c’est alors ne plus savoir comment faire pousser un potager, ne plus comprendre vraiment les arbres, les forêts …

Ces français-là, en entrant dans une forêt n’y voient que peu de choses, en fait presque rien ; selon l’expression courante, la forêt ne leur parle pas ! Malgré parfois leur enthousiasme, ils ne possèdent plus les termes appropriés, la compréhension sur l’état et les mécanismes de la nature forestière qu’ils découvrent ou redécouvrent ; les jeunes n’ont pas les bases nécessaires, les anciens ne les ont plus ; les liens avec la nature et avec son milieu naturel se sont distendus ; les connaissances livresques ne suffisent pas ; tout cela ne peut aboutir qu’à des incompréhensions et des a priori .

Alors, enfilons les bottes et allons-voir de plus près ce qui se passe réellement …

 

Forêt guyanaise — Wikipédia

 

Les connaissances essentielles

Sachons d’abord reconnaître la forêt de feuillus, de celle faite de résineux, avec entre deux la forêt mixte. La distinction se réalise en fait au niveau du feuillage qui peut être soit caduque (caducifolié) soit persistant (sempervirent) soit encore décidu (perte des feuilles à la fin de l’hiver) ; au sein du feuillage persistant, on y classe les arbres à aiguilles, par exemple les pins . Ce point parait a priori facile, mais il y a dès à présent des pièges  …

 

Essayons ensuite de discerner un taillis d’une futaie, et aussi en entre deux, le cas le plus fréquent, un taillis sous futaie, appelé désormais taillis avec réserve. Cette distinction pourtant simple a été souvent posée, à de nombreuses personnes, mais fréquemment sans recevoir de réponse ; et pourtant, elle est très importante par exemple pour reconnaitre la destination des coupes de bois et aussi la valeur d’une forêt, pouvant aller selon le cas du simple au double !

La futaie se remarque par la présence de moyens et gros bois à espace régulier en vue de produire du bois d’œuvre destiné à l’ébénisterie, menuiserie et charpentes, construction et bâtiments. La rotation des coupes va de 50 à 100 ans selon les essences.

Le taillis consiste en des petits ou moyens bois destinés au bois de chauffage, qui se renouvellent tous les 10 ; 20 ou 30 ans et repoussent sur souches, souvent en cépées.

Le taillis sous futaie correspond à une plantation à deux étages, l’un pour le bois d’œuvre et l’autre pour le bois de chauffage.

 

Distinguons encore la forêt régulière de celle irrégulière ; la différente provient du mode de gestion de la forêt. Dans le premier cas, les arbres ont tous le même âge, dans le second, ils sont d’âge très variable, depuis la simple tige jusqu’au gros pied d’arbre.

 

Repérons enfin la forêt mono-spécifique de celle à essences diverses ; ici, pour bien qualifier, il suffit d’en reconnaitre les essences, pied à pied …

 

La forêt régulière et mono-spécifique, par exemple celle des pins dans les Landes, consiste en un vrai champ de culture, avec la même plante, le même âge, le tout en alignement, la récolte de l’ensemble  ayant lieu au moment de la coupe-rase.

 

La forêt irrégulière qui se renouvelle par régénération naturelle est beaucoup plus sauvage, plus proche de son état primaire, avec une intervention humaine limitée.

 

Entre ces deux extrêmes, il y a toutes les compositions possibles qu’il est intéressant de bien détailler.

 

Les essences d’arbres

Ici, c’est la catastrophe : les français ne savent plus distinguer les essences des arbres, donner un nom à chaque feuille, à chaque pied d’arbre rencontré.

Il s’agit certes d’une vraie science, l’arboriculture, avec des centaines d’essences et puis des milliers de variétés, mais n’en connaitre ou en reconnaître que à peine le nombre de doigts de la main parait bien insuffisant.

Un arbre se définit à sa forme générale, à son écorce, à ses feuilles, surtout ses feuilles, à ses fleurs, oui un arbre possède des fleurs, et à ses fruits …

Apprenons donc à nos enfants, ou petits enfants les éléments essentiels, pour qu’ils puissent eux-mêmes retransmettre ; essayons de ne pas tomber dans le nihilisme …

 

La composition des étages de végétation

On distingue en général trois étages de végétation :

-        L’étage supérieur avec ses arbres de haut jet, la futaie, qui donnera le bois d’œuvre ; les rois de France, et surtout Colbert, ont tous tenter d’améliorer la futaie, pour raison essentielle : la fourniture de bois pour la construction navale.

-        Le sous-étage avec du taillis qui donnera du bois de chauffage ; souvent négligé, le sous-étage est important pour la diversité des essences d’arbres, pour maintenir la bio-diversité, pour gainer les arbres de haut jet, et tout simplement pour la production de bois.

-        Le couvre-sol doit être examiné de près car il possède des indices importants ; sa consistance dépend essentiellement de la qualité des sols mais aussi de la lumière résiduelle ; la dominante de fougères se retrouve sur les terrains acides, la dominante de ronces sur les terrains basiques ; la connaissance du PH du sol est tout aussi importante pour le forestier que pour l’agriculteur ; il y a bien d’autres couvre-sols à découvrir, par exemple le xx, pour ensuite tenter la reconnaissance des herbacées, des lierres et aussi des mousses et lichens, etc …

 

La bio-diversité – la faune et la flore –

La présence de la faune échappe souvent au citadin qui là encore ne voit presque rien, n’ayant comme élément de comparaison parfois que les zoos ! Les présences furtives d’animaux leur échappent souvent ; les observations oculaires, les écoutes auditives sont essentielles ; encore faut-il apprendre à ne pas faire de bruit ; il faut reconnaître que les animaux quand ils sont sur pied sont rarement visibles ; gités, il est possible de les voir de plus près ; les oiseaux se situent plus souvent en lisières ou en clairières que dans la forêt profonde ; il faut parfois observer longuement la canopée pour les entrevoir.

La reconnaissance de la flore est aussi essentielle …

 

La chasse

La présence du gibier est une réalité dont il faut tenir compte ; il faut la maintenir sans excès, pour tenter de réguler les espèces entre elles ; l’équilibre de la forêt est instable, certains prétendent cela à cause de l’homme, mais c’est à l’homme d’intervenir, pour éviter par exemple que les animaux dits « nuisibles » ne provoquent l’extinction des autres espèces, pour réguler les surpopulations de certaines espèces à certains endroits, enfin pour éviter les dégâts excessifs sur les arbres.

 

Les traces des animaux sont a priori nombreuses, encore faut-il les chercher pour pouvoir les retrouver, en sachant y porter une attention particulière.

Ce sont les empreintes ou les déjections …

Il y a aussi les abroutissements , les frottis , les écorçages des arbres …

 

Le tracé des chemins et des passages

Les tracés résultent souvent de l’activité de chasse plus que de l’exploitation des bois

Le tracé en étoile a été créé pour la chasse à cour

Le tracé en quadrilatère pour la chasse en battue

Les layons sont des ouvertures secondaires pour chasseurs

Les cloisonnements sont des ouvertures pour les forestiers

 

La propriété de la forêt

On distingue ici trois grandes catégories :

-        La forêt domaniale – représente 10% de la forêt française – celle la plus connue car sans doute la plus ancienne et aussi la plus belle … Elle appartient à l’Etat et est gérée par l’Office National des Forêts ou ONF.

-        Les forêts communales – soit 15 % de la forêt française – elles proviennent souvent de la vente des biens nationaux pendant ou à la suite de la Révolution – elles appartiennent aux établissements publics ou collectivités locales, surtout les communes ; également gérées par l’ONF

-        Les forêts privées – représente 75 % de la forêt française – celle à coup sûr la plus morcelée et donc la plus difficile à exploiter ; gérées par les propriétaires eux-mêmes ou par leurs mandataires, les experts forestiers, les coopératives forestières, les gestionnaires forestiers indépendants.

Connaitre le propriétaire c’est un peu connaître le statut juridique de la forêt que l’on découvre.

Les forêts privées sont totalement interdites d’accès, sauf à avoir reçu l’accord du propriétaire ; s’y introduire pour effectuer des prélèvements de bois ou de fruits ou de champignons est répréhensible ; devant les nombreux excès, les propriétaires ont été parfois amenés à clôturer …

Les forêts publiques, domaniales ou communales, sont annoncées comme telles sur des panneaux aux abords des voies de circulation en lisière ; elles sont en principe d’accès libre, mais uniquement sur les chemins de circulation, la traversée des parcelles est en principe interdite, la cueillette des champignons est limitée à un panier par jour ; très souvent, des panneaux vous guident dans ce qu’il est possible - ou interdit - de faire …

 

La gestion de la forêt

Première question : la forêt est-elle gérée ou au contraire ne l’est-elle pas ?

Une forêt non gérée est en général sombre, les couvres-sols sont pauvres, la régénération naturelle ne peut pas se réaliser ; le bucheronnage est quasiment inexistant

Une forêt gérée possède des pieds d’arbres à distance régulière, tous les 2 à 4 m pour les jeunes arbres, tous les 7 à 9 m pour les arbres à maturité.

Retenez bien qu’une forêt de plus de 25 hectares a l’obligation d’être gérée durablement … Et puis, les bons principes sylvicoles peuvent être adoptés de façon volontaire à partir de 10 hectares.

 

Second point : la forêt est gérée selon quelle méthode de gestion : en vue d’une exploitation régulière ou irrégulière ?

Autre question : aussitôt la coupe faite, le renouvellement se réalise par des apports de nouveaux plants en ligne ou bien par une régénération naturelle ?

 

Troisième point : la forêt est-elle bien exploitée ?

Les prélèvements de bois sont-ils faits de façon régulière sur l’ensemble d’une parcelle ou bien par clairières surtout en bordure des chemins ? Les cloisonnements ont-ils été effectivement utilisés ou bien les véhicules ont-ils circulé un peu partout dans les parcelles travaillées, sans discernement. Les pieds des arbres ont-ils été accrochés par les machines …

Attention, la présence au sol de nombreux bois morts n’est pas un signe de mauvaise gestion, bien au contraire … Les andains de branches, les bois morts sont utiles à la biodiversité avec des apports d’insectes ou de champignons et aussi à la recomposition des sols, en rendant à la terre une partie de ce qu’on lui prélève …

 

Les travaux forestiers en cours

Il est toujours intéressant d’observer les travaux forestiers en cours, sur les parcelles récemment travaillées, en essayant d’expliquer ce qui a été prélevé par rapport à ce qui a été préservé sur le terrain ; et puis d’examiner les piles de bois le long des accès, les alignements au sol des gros bois abattus, les grumes, en distinguant bien ce qui est destiné à la menuiserie, ou bien au bois de feux, ou encore à la trituration …

 

forêt amazonienne

 

Toutes ces explications, ces détails nous paraissent utiles pour mieux comprendre ou faire comprendre la forêt, pour la redécouvrir, et ainsi savoir parler d’elle avec réalisme, sans idées préconçues. Avec nos excuses pour les citadins et autres français qui n’ont pu conserver ce que le monde rural a priori possédait autrefois, la main verte …

 

                                                                                                                                   YDF