Denise Fontaine (1899-1932)

 

Jeanne Albine Denise Pignol est ne Nozeyrolles, une ancienne commune de la Haute-Loire - aujourd'hui rattache celle d'Auvers - et non Issoire comme il a t indiqu - le 17 avril 1899, fille de Jean Pignol (1860-1945) et de Marie Ledoux (1863-xx), un couple dinstituteurs maris en 1886 ; dernire enfant dune famille de quatre, aprs Henri et Amlie. Aprs Nozeyrolles, les parents iront sinstaller Azrat puis au moment de la retraite en 1924 Brioude.

Ecrivaine, romancire ;

Passe son baccalaurat en 1917 au lyce de jeunes filles du Puy Haute Loire en option Latin et Langues (voir le Moniteur du Puy de Dme du 17 juillet 1917) ; elle est alors marque par le dcs de son frre, Henri, professeur danglais ? Nantes, victime de la guerre 14-18, dcd en septembre 1914 aprs avoir t rapatri du front vers lhpital militaire du Mans ; son nom est inscrit sur le monument aux mort dAzrat.

Epouse 20 ans ? Evreux ? Pierre Maurice Albert Fontaine, docteur en mdecine, mdecin du dispensaire et mdecin inspecteur des coles dEvreux, dcd Evreux le 3 et non 7 fvrier 1931, des suites de la guerre 14-18 ? domicile Evreux : 12 rue du Bel Ebat ;

Avec son mari, proches de Jean Prvost, des Etudiants socialistes Rvolutionnaires, du journal LHumanit.

Elve de lcole normale suprieure de jeunes filles de Svres, aux cours du philosophe Alain, agrge de lettres ou de philosophie ?, professeur de philosophie, enseignante en premier et seul poste pour six mois au lyce de Fcamp , puis Evreux ?

Son uvre :

-           Genevive Savign  La Revue de France en 1929 puis aux ditions Rieder 1930 ; il a t suggr que cet ouvrage soit propos au prix Blumenthal .

-           Rivages du Nant , un roman sur langoisse mtaphysique, crit Fcamp lautomne 1930 ?, dit aprs le dcs de lauteur chez Rieder en 1933.

-           Libres Propos  de la NRF ? sign sous le pseudonyme de LEtudiante,

-          Correspondances dans le fonds Jean Richard Bloch de la BNF ; Jean Bloch, dit Jean-Richard Bloch (1884-1947) est un crivain, essayiste, homme politique, journaliste et pote franais, collaborateur des ditions Rieder, directeur du journal Ce Soir.

-          Correspondances dans le fonds Marcel Martinet de la BNF (rf : NAF 28 352) y figure galement des correspondances de sa belle-mre Ch. Fontaine ; Marcel Martinet (1887-1944) tait ancien lve de lcole normale suprieure ENS rdacteur la Ville de Paris, pote, romancier, dramaturge, essayiste et critique ; aussi directeur littraire du journal LHumanit de 1921 1923 ; partir de 1929, il sera lecteur aux ditions Rieder.

Dcde prmaturment et sans postrit Rueil-Malmaison au 8 rue Hector Berlioz le 22 avril 1932 des suites dune maladie qui lui avait impos de frquents sjours en bord de la mer ou en sanatorium sa sur Amlie, institutrice comme ses parents, de mme maladie, suivra des cures en stations thermales ; elle dcde Brioude en 1957

(sources Gallica et remerciements Marie Perny pour les nombreuses donnes familiales)

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Denise Fontaine est morte le 22 avril (1932), 33 ans. Denise Fontaine, c'est l'auteur de Genevive Savign ; c'est aussi celle qui, sous le nom de l'Etudiante , a publi, dans la premire srie des Libres Propos, des notes profondes et abstraites o rien ne transpirait du drame personnel : tudiante en effet, mais en vacances forces, prisonnire de sanatorium. Elle tudiait ds lors la vie, vue de l'autre rivage. Arme de lucidit et de cruaut contre soi, repoussant la piti des autres et la sienne propre, repoussant l'esprance, elle a voulu regarder la mort en face. Qui peut dire si elle n'en a pas t foudroye ? Aprs de lentes annes convalescentes, peine gurie, elle fut appele une nouvelle confrontation avec la mort : son mari, Pierre Fontaine, fut atteint d'un mal qu'ils surent mortel ds le premier jour (il tait mdecin), et qui dura quatre ans ; pour elle quatre annes de lucidit redoutable, o sa volont ne s'est pas dtendue un jour.

Ceux qui ne la connaissent que par son livre seront tents de dire que ces rencontres tragiques suffisent expliquer sa vision brlante, non des choses, qu'elle aimait, mais de l'homme, c'est--dire de son propre cur. Et certes on ne peut effacer du compte la prsence hostile d'un univers et d'un corps qui, force de heurts, viennent bout de chaque homme : Denise Fontaine le savait mieux que quiconque, elle qui revenait sans cesse Spinoza comme la source de toute paix. Mais cette me forte s'est toujours refuse croire au destin. Son pessimisme radical, elle l'a toujours revendiqu comme sien, librement reconnu et choisi, non impos par le poids des choses.

Quand je l'ai connue, en 1916, dans une classe de lyce, elle incarnait la jeunesse intransigeante, mais trop prcocement grave. Des deux cts de la barricade, elle sur les bancs, moi dans la chaire, nous nous tions vite reconnues. Elle venait de perdre, par la guerre, un frre trs aim et qui lui ressemblait. De ce deuil patriotique elle avait fait rvolte, commenant l'intrpide ngation qu'elle soutint jusqu' l'heure de sa mort. Ecolire, elle soutenait une lutte contre l'administration et les pouvoirs d'opinion, qui, l'poque, n'tait pas sans mrite : refus de souscrire l'emprunt, diffusion par copies furtives de textes subversifs de Romain Rolland ou d'Alain... C'est en elle que je saisis, pour la premire fois, ce regard des jeunes d'alors, de ceux, plus nombreux qu'on ne croit, qui avaient su mesurer, au massacre si proche de leurs ans, ce que valent le grand serment d'amour et la protection tant vante de la famille. A Paris, tudiante de philosophie, quelques mois lve d'Alain, elle fut toute l'ivresse de la rsistance enfin ouverte, au refus de tirer joie des derniers massacres et de la victoire. C'est au groupe des Etudiants socialistes rvolutionnaires de l'an 19, celui que Jean Prvost a dcrit dans Dix-huitime anne, qu'elle rencontra Pierre Fontaine. On peut rvler ceux qui aiment les noms propres, que la trsorire et le secrtaire du groupe dont le mariage a fourni un trait brillant Jean Prvost, c'tait elle, c'tait lui. Ils avaient tous les deux vingt ans. Mais le mme lan qui l'avait jete au parti extrme la fit s'vader peu aprs des partis. Tous deux avides d'hrosme solitaire, ils cherchrent l'humanit par-del les hommes. C'est donc avant toute dfaillance corporelle, avant que la commune vie se ft retire d'elle, qu'elle s'tait dcide ne pas jouer ce jeu-l.

Elle tait hautaine, elle tait difficile. Non par exigence de frivolit ou d'orgueil : nulle ne fut plus indiffrente aux biens de ce monde. Son rve, quand elle se permettait de rver, c'et t de vivre la Rousseau, dans une solitude campagnarde, libre de toute attache de relations ou de mtier (elle ne fut professeur que six mois peine, Fcamp). En sa grce frle, elle glissait parmi les tres, entoure de silence, d'un silence comme provincial, ne se donnant ni ne prenant. L'an dernier, quand parut son roman, elle se droba aux avances, pourtant vives, des milieux littraires. Son mtier mme d'crire, qu'elle avait paru adopter, n'a t au dbut qu'une bravade contre la mort qu'elle croyait prochaine ; ensuite, qu'un exercice de volont. Elle n'a pas pu se rsigner ce que la commune sagesse nomme les ncessits de la vie. Elle n'a pas compris que dans l'ordre humain l'infrieur porte le suprieur. Elle n'a pas voulu le comprendre, car elle tait difficile par passion de dignit.

C'est pourquoi son pessimisme dont on trouvera comme une projection dans son prochain livre dpasse de si loin le pessimisme romantique qui dclame si souvent contre l'ordre social ou contre les faiblesses humaines. Elle jugeait intenable la position mme de l'homme, libre, mais pris dans un monde soumis la ncessit. On se moque de nous, et ce on est nant... Denise Fontaine, en sa brve et farouche existence, n'a poursuivi qu'une chose : faire l'preuve de la libert. Comme en une perptuelle tentation sur la montagne, elle rassemblait les objets les plus envis ou les plus dignes, tout ce quoi elle aurait si gnreusement aim se donner, et elle refusait. Elle fait dire Genevive Savign sur le point d'aimer un vrai homme : Je pensais : Il est mieux que tout et il m'aime. J'valuais tout ce qui s'offrait l, et de voir cette force me donnait une joie trange, car je le sentais dj, cela ne forait pas mon choix mais le librait. Le destin en me comblant me dlivrait. Ce qui s'offrait tait prenable. Cela pouvait donc tre ddaign. Je choisissais vraiment... (p. 243). Par un mouvement analogue, son autre hros, Loisel, dtruit son oeuvre pour se prouver qu'il est libre d'elle.

Trop de puissance en elle sans doute et ces mots ne sont pas dicts par la pit devant une morte. D'elle il ne reste que des essais. Je sais quel point elle les jugeait insuffisants, et s'estimait, elle, apprentie. Qui peut dire jusqu'o serait all, en un corps de femme, cet esprit viril, incrdule absolument ? Elle s'tait jete sur la pense valeryenne, mais pour en faire passionnment chair et sang. Lumire trop vive de l'esprit, o elle s'est consume 1 Son prochain livre auquel elle a hsit un instant donner pour titre ce vers du Serpent : O vanit, cause premire 1 dfinit l'homme : un stique sans Dieu. Condition cruelle ? ridicule ? Son regard bleu, promis la douceur, me rappelait toujours ce vers du Narcisse :

Mais s'ils tranent dans l'or leurs yeux secs et funbres les yeux de qui ne veut pas tre consol.

Jeanne Alexandre

 Genevive Savign  : cest le type mme du roman crit par une intellectuelle; c'est--dire qu'il est la fois distingu et prtentieux, faux et cependant rvlateur d'un trs curieux paysage spirituel. Le sujet ? Celui d'une dception orgueilleuse et d'un renoncement goste, fort dcevant, de surcroit, Genevive puisant dans l'exemple d'une dmente sa rsolution de s'abstraire de la vie.

John Charpentier

 

Il y a des morts qui semblent lavnement tragique, la conclusion dun destin tourn vers la mort ds son premier moment. En apprenant la disparition de Denise Fontaine, enleve aux siens trente-trois ans, ceux qui avaient lu  Genevive Savign  et senti la vigueur amre, la qualit dme et de talent contenu dans ce livre, se sont rvolts comme on se rvolte devant laccident aveugle. Pourtant, lorsquon relit  Genevive Savign  , on ne peut sempcher dtre frapp par le refus de la vie et aussi le sentiment inexorable de la fatalit qui ont dict ce livre hautain, ardent et glac. Et de quel sens divinatoire napparait pas charg le titre du livre quelle venait dachever qui paraitra dans quelques mois :  Nant .

Disciple dAlain, mtaphysicienne, Denise Fontaine cultivait lasctisme du renoncement :  Face la montagne, je marche, mon immobilit est au-dedans . Tels sont les derniers mots de  Genevive Savign  , livre de la solitude.

Ce quon sait de sa vie ? Peu de choses, les tapes extrieures, svrienne, agrge de philosophie, elle enseigne au lyce de Fcamp, puis pouse le docteur Pierre Fontaine, grand bless de guerre, qui mourut lan dernier aprs une longue maladie. Ceux qui lont approche de plus prs disent que lme de cette jeune femme tait trempe dun exceptionnel mtal. Sur ses douleurs, sur ses preuves, sur les dchirements dont il lui fallut payer la srnit grandiose et dsole de sa pense, elle a toujours fait le silence. La mort vient de rendre ce silence irrvocable. Saluons sa mmoire elle ntait pas insensible la sympathie. Les deux livres quelle laisse, tout chargs delle, perptueront son nom et lui vaudront, par-del la mort, ces amitis desprit qui furent la douceur humaine dune vie entirement spiritualise, vertigineusement noble.

S. R.

(extrait des Nouvelles Littraires du 7 mai 1932)

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Avertissement de  Rivages du Nant 

Denise Fontaine est morte le 22 avril 1932, trente-trois ans. Elle laissait un livre peine achev et sans titre. (Celui auquel on sest arrt avait t propos incidemment per elle, mais non retenu.) Voici ce livre, publi naturellement sans retouches ; la forme parfois ny est qubauche, mais la pense se laisse ainsi saisir sa naissance et en son combat.

Adolescente au temps de la guerre, et rvolte contre la guerre ; - vingt ans peine marie, prisonnire dun sanatorium ; - meurtrie en son corps, frappe par la mort en ses affections les plus proches, enfin devant lutter pour vivre Denise Fontaine aura, en sa brve existence, connu sans rpit et sans mesure, toute la peine des hommes. Mais si lon voulait ravaler son dernier ouvrage ntre quune transposition plus ou moins directe de ses propres souffrances, on commettrait une erreur et mme une injustice.

Par une hauteur et une gnrosit qui taient son essence mme Denis Fontaine sest toujours efforce de prserver son esprit des contacts trop personnels, quelle eut volontiers nomms souillure. Tout son tre sest rassembl dans la volont de penser intrpidement. Elle sest use, le sachant, pour cette discipline asctique, regardant toute chose, et elle-mme, avec une lucidit sans piti. Elle sest tenue svrement loppos de la complaisance et de la confidence romantiques ; - Quon relise Genevive Savign ! Aussi le procs de la condition humaine ; quelle refait en ces pages, ne tire-t-il pas une seule fois argument de la souffrance, des malheurs, ni de la mort, ni mme de linjustice. Cest au tribunal de la seule pense que Loisel, le hros de cette aventure, prononce tout bas sa tragique et inhumaine sentence :  Je pense, donc je me tue. 

Quelque jugement que le lecteur porte finalement sur ce libre, si douloureux et secret, il fallait du moins lavertir ici que les rflexions dont luvre est ne, nont rien eu dun jeu. De tout temps et plus encore aujourdhui trop de doctrines du nant sont prches par des dsesprs bien vivants, voire bons vivants. Dans ces pages doutre-tombe, on ne trouvera ni plainte, ni appel de piti, ni non plus une  dlivrance  la faon de Goethe, mais une conviction une foi contre toute foi dune poignante sincrit, et pratique jusquau bout.

J.A.